Solidarité entre nos mouvements: Palestine, à travers l’Île de la Tortue, et la guerre contre les drogues

Photographie par Mohammed Abubakr

Traduction Anglais, traduction Arabe.

14 Mai 2024 : Inscrivez-vous à un webinaire basé sur cet essai ici (en Anglais seulement)

Le Canada instrumentalise les drogues à des fins de colonisation, en particulier par les formes de criminalisation qui y sont rattachées. Les taux d’incarcération disproportionnés des communautés Autochtones et Noires démontrent les dynamiques de pouvoirs qui se rattachent au capitalisme racial.  

L’appareil carcéral, qui comprend les cours criminels, les prisons et les services de protection de l’enfance provinciaux, fait partie intégrante de la guerre contre les drogues, soit par les charges criminelles directement liés à la lutte contre les drogues, ou soit par la violence indirecte générée par un marché de la drogue non réglementé.

Comme le reste du monde, le Canada tire les ficelles de la crise du marché non réglementé, qui tue une vingtaine de personnes par jour, en raison des drogues contaminées et imprévisibles. Plutôt que de prévenir ces tragédies, le Canada poursuit sa tradition centenaire de surveillance et de répression des personnes les plus affectées par l’approvisionnement illicite de substances. Depuis la déclaration d’un état d’urgence en santé publique en 2016, plus de 42000 personnes sont mortes d’empoisonnement et de surdoses de drogues. En Colombie-Britannique seulement, au moins 14 000 personnes sont décédées entre avril 2016 et janvier 2024.

En Palestine, les restrictions sur les substances ont aussi été utilisées à des fins de guerres par l’État colonial d’Israël. Khalida Jarrar, membre du conseil légistalif palestinien, et qui a été emprisonné maintes fois par les autorités israéliennes, a identifié les prisonnier es et les prisons comme “partie intégrale du peuple Palestinien et de leur cause” (traduction). 

En octobre 2023, la violence de l’occupation coloniale de la Palestine par Israël s’est intensifiée. Le présent génocide, diffusé en direct sur les réseaux sociaux, crée un site de mort massive à Gaza. En date de février 2024, plus de 30 000 palestiniennes sont mortes dans le processus de nettoyage ethnique. L’ampleur du nombre exact de mort.es, d’estropié.es, de blessé.es et de kidnappé.es prendra des années à comprendre, considérant le ciblage des travailleur.euse.s palestiniennes en charge du recensement, des fosses communes non-recensées et de la déstruction des infrastructures civiles à Gaza.

En parallèle aux autres substances, le contrôle de l’accès à la nourriture, à l’eau et aux médicaments sont des stratégies centrales à la violence d’Israël. Dans Destroying Gaza’s Health Care Is a War Crime, deux chercheureuses soulignent la “logique particulièrement cruelle’” des forces israéliennes à bombarder et assiéger Gaza, pour ensuite maintenir ‘’un besoin urgent de soins médicaux aux civils, tout en leur refusant l’accès’ (traduction)’. Les vaccins, anti-douleurs, et anesthésiants font partie des formes d’aide les plus restreintes pour accélérer la violence génocidaire et meurtrière. De par ce fait, l’occupation coloniale et la dépossession encouragent également les conditions à une dépendance accrue des substances illicites.

Appareil carcéral et drogues

Similairement au Canada et à l’Israël, le consensus moderne quant à la prohibition des drogues est historiquement récent.

En Chine, l’opium fut banni dans le milieu des années 1800, mais seulement brièvement. En Occident, c’est à la fin du 19e siècle, peu après l’United Kingdom’s Pharmacy Act of 1868, que la prohibition des drogues comme on la connaît aujourd’hui est apparue. C’est à la même époque que l’interdiction temporaire des stupéfiants spécifique à la Loi sur les Indiens au Canada. Au début du 20e siècle, le mouvement prohibitionniste prend de l’avant, motivé entre autres par le racisme envers les personnes asiatiques. En 1912, la première convention internationale de l’opium est signée par une dizaine de pays. Entre 1912 et 1923, le Canada continue à placer les substances sous contrôle prohibitionniste, motivé par la panique raciale des féministes bourgeoises de l’époque, comme Emily Murphy avec sa campagne contre le cannabis. En 1949, un total de 67 pays ont signé la convention prohibitionniste. Cette histoire marque la fondation du futur des conventions internationales sur les drogues qui soutiennent ce qu’on appelle maintenant globalement ‘’la guerre contre les drogues’’. Plusieurs substances, qui auparavant n’avaient jamais été définies comme ‘’drogues,’’ se trouvent soudainement sur la liste prohibitionniste de substances contrôlées à travers le monde.

La guerre contre les drogues est depuis utilisée comme une arme d’incarcération de masse, de racisme, et de violence étatique à un niveau international. Au Canada, on compte plus de 60 000 charges liées aux drogues par an. Ceci n’inclut pas la violence du marché non-réglementé, ni les milliers de décès causés par la complexité de l’approvisionnement dû aux ‘’politiques, conventions et législations’’ l’entourant. Ces décès comptent non seulement les empoisonnements et les surdoses, mais aussi les infections, les différents types de plaies, et les surdoses non-mortelles répétées

Ces faits soutiennent le colonialisme de peuplement qu’est le Canada. Les personnes autochtones continuent d’être sur-représentées à tout échelle dans le système de justice pénal. Par exemple, les femmes autochtones sont incarcérées par les autorités canadiennes 12.5 fois plus que les femmes non-autochtones. Dans ce même système, les personnes autochtones tendent à faire face à des peines plus punitives.

Ces politiques ont aussi motivé les budgets policiers. Les services de police ont toujours été les principaux responsables de renforcer les déplacements forcés en hausse dans les dernières années, même pendant des périodes de climat glacial. Les communautés autochtones sont démesurément visées par ces pratiques, qui sont associées aux décès prématurés et autres impacts néfastes sur la santé.

Du Downtown Eastside jusqu’en Palestine, des forces coloniales de pouvoir semblables ont mené au déplacement forcé des populations affectées par le racisme, la colonisation et le capitalisme.. La police et le système judiciaire israëlien sont à l’avant du maintien d’un régime d’apartheid. En juillet 2018, le service de police de Vancouver (SPV) invite le Major Général de la police israélienne, que le Chef Adam Palmer du SPV qualifie de ‘’leader perspicace’’(traduction). Le SPV a incorrectement qualifié de ‘’guerre’’ le présent génocide à maintes reprises. LE SPV a également envoyé une centaine d’officiers dans le but d’interrompre une manifestation pacifique qui avait pour but d’adresser l’absence d’action et de leadership du Premier Ministre Justin Trudeau face au génocide palestinien à Gaza lors de sa visite. 

Réduction des méfaits: forces et limites du mouvement

Le terme “réduction des méfaits” est contesté, et par ailleurs approprié et aseptisé par les institutions de santé publique à travers le monde. Souvent, ces pratiques sont réduites qu’à certains protocoles d’interventions sociales et de soins de santé. Par contre, la réduction des méfaits est un mouvement politique qui remet en question les relations sociales dominantes et revendique une réorganisation de la société qui met à l’avant la valeur d’une vie juste pour toustes – non seulement celleux les plus affectées par le status quo économique et les structures de pouvoirs. 

Au Canada et ailleurs, le mouvement a su promouvoir des politiques qui ont permit l’ouverture de sites de consommations supervisées, des sites de prévention d’overdoses moins médicalisées, un modèle éphémère de club de compassion sécuritaire d’héroïne et de méthamphétamine, la distribution de naloxone plus facilement accessible, une réduction des décès durant une crise sanitaire publique, des amendements aux politiques d’exclusion des personnes utilisatrices de drogues des services sociaux comme les abris et des logements sociaux, ainsi que d’autres réformes.

Toutefois, le mouvement fait aussi face à un détournement par la classe politique, menaçant celui-ci d’être approprié par les mêmes branches de l’État que le mouvement conteste, tout en excluant les communautés autochtones, Noires, et racisées hors de l’équation et du leadership. À un niveau institutionnel, l’analyse anti-coloniale et l’engagement politique et social du mouvement sont ainsi délaissés. Le statu quo des pouvoirs en place bénéficie de cette fragmentation du mouvement. Ces luttes fragmentées portent en elles la contradiction d’être reconnues par les mêmes institutions qui gouvernent sur la violence auxquelles ces luttes font face. Le mouvement fait aussi face aux réalités d’un marché des drogues compliqués, imprévisibles, dangereux, et de ses impacts, soit des décès de masse dans nos communautés. 


Cette contradiction n’est pas étrangère aux stratégies que le Canada emploie sur la question de la libération autochtone, par l’appropriation et la cooptation des demandes de cette lutte. Suite au succès des survivant.es des pensionnats à combattre pour la création de La Commission Vérité et de Réconciliation (CVR), qui comptabilise des témoignages de 2008 à 2015, l’institut Yellowhead conclut en 2023 que 86% des promesses n’ont pas été tenues. L’institut Yellowhead a depuis abandonné leur projet de responsabilisation dû à l’inaction du Canada.

Dans les mouvements populaires, plusieurs organismes et groupes travaillent ensemble vers un modèle de réduction des risques vaste et transversal, en s’organisant vers la fin de la guerre contre les drogues. (Indigenous Harm Reduction Network, Western Aboriginal Harm Reduction Society, Surrey Union of Drug Users’ South Asian Committee, Coalition of Peers Dismantling the Drug War, Care Not Cops 604, Toronto Harm Reduction Alliance, the Vancouver Area Network of Drug Users’ Tuesday Education & Action Group, Native Youth Sexual Health Network, etc.)

Comme plusieurs mouvements, en particulier en Occident, le mouvement pour la réduction des méfaits s’inspire de la lutte et de la résistance du peuple palestinien. Le ‘’Palestinian Youth Movement’’ en particulier a revitalisé un mouvement à orientation internationaliste et anti-colonialiste de grande envergure. À travers une mobilisation massivequi a pour but d’interrompre le status quo économique, le mouvement de réduction des méfaits et la fin éventuelle de la crise de toxicité des drogues seront redevables au peuple palestinien – qui nous libère tous – en refusant une réalité coloniale de mort massive, en terme de stratégies, et en définissant clairement la racine des luttes contre la violence et l’abandon de nos communautés. Qu’au coeur de ces appareils de pouvoirs, la motivation est le contrôle de la terre, de ses ressources, du travail, de l’exploitation et du contrôle des populations. Le capitalisme colonial comme système socio-politique est caractérisé par l’extraction massive de chaque corps, et une peine de mort de celleux qui ne contribuent pas à l’extraction souhaitée de ces systèmes. 

Le peuple palestinien et le mouvement pour une Palestine libre réapproprient ce que le terme décolonisation signifie – ni un concours de popularité, ni un métaphore flexible, ni des cases à cocher pour l’inclusion et la diversité – mais bien un réel mouvement politique de libération.

Photographie par Ömer Faruk Yıldız

Génocide et contrôle

Dans ce qui a été qualifé de ‘’génocide lent’’ au Canada, tous les niveaux du gouvernement ont refusés les solutions au problème de la toxicité des drogues qui défont la logique de la guerre contre les drogues. Plutôt, les gouvernements caressent l’idée d’un modèle accru de traitement involontaire, et se concentre sur des traitements aux opioïdes couplés à une surveillance intensive et des bas taux de rétentions. Il tente de criminaliser davantage l’usage des drogues en réprimant le trafic de drogue illicite, sans offrir une alternative régulée, créant ainsi des changements mortels dans le marché. Malgré les avancées les plus prometteuses qu’a faites le club de compassion DULF, celui-ci a été définancé et dissous par la collusion entre le gouvernement fédéral et provincial, le service de police de Vancouver, et le Vancouver Coastal Health. Entre 2015 et 2021, l’espérance de vie des Premières Nations en Colombie-Britannique a baissé de 7.1 années

En Palestine, Israël accélère toutes les formes de contrôles imaginables, que ce soit en bloquant les routes d’aide humanitaires, en fermant les frontières, en détruisant les centres d’éducation et les universités, en emprisonnant et torturant des milliers de palestiniens par détention arbitraire et administrative, en tuant une centaine de journalistes, et en augmentant l’usage de technologies de reconnaissance faciale et autres formes de militarisation des données. 

Liens directs entre les états coloniaux du Canada et Israël

Quoique ces deux occupations coloniales de peuplement, Canada et Israël, infligent des violences dans différents endroits dans le monde, leurs rapports ne sont pas éloignés.

Par exemple, le Canada n’a jamais permis plus de valeur monétaire d’exportation en Israël que depuis octobre 2023. Le Canada offre des exemptions fiscales aux donateurs et charités que sont les programmes de recrutement de l’armée Israélienne. Le Canada met en place un plan de réfugiés palestiniens dans lequel, en date d’avril 2023, aucune personne n’a pu appliqué avec succès. Ce programme a mené au décès de Jana, la fille de Samar Alkhdour, tuée par Israël et l’inaction du gouvernement Canadien. La ministre de la Santé mentale et des Dépendances du Canada, Ya’ara Saks, a soutenu le ministre israélien Israel Katz lors qu’il promut le génocide, se désigne comme ‘’fière Sioniste’’, tout en refusant de financer les programmes locaux en intervention envers le marché de drogues toxiques. 

Palestine Libre et en finir avec la guerre sur les drogues

Dans nos mouvements, d’une Palestine libre de la rivière à la mer, à la fin de la crise de la toxicité des drogues, nous pouvons nous rappeler d’époques dans l’histoire, avant le projet colonial Sioniste, avant l’empiètement colonial global de l’Occident, pour imaginer un monde différent que celui auquel nous sommes témoin.es aujourd’hui.

Le peuple Palestininen nous montre que les empires doivent s’écrouler pour que nous puissions œuvrer à un monde meilleur. Celleux d’entre nous qui s’organisent contre la guerre sur les drogues et la crise de la toxicité des drogues se doivent de se rappeler que les empires qui la soutiennent doivent aussi tomber. Notre mouvement doit être anti-colonial et international dans le but de démanteler l’appareil carcéral au pouvoir pour créer la transformation de ce monde dont nous avons tous besoin pour vivre.